Mike Oldfield

Mike-1978.jpgMike Oldfield, compositeur, guitariste, et multi-instrumentiste britannique est l'objet de ce blog, où je viens ajouter, une à deux fois par mois, une bribe de biographie ou  quelques informations sur sa riche discographie.

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Dimanche 10 juin 2007

Article mis à jour en juillet, août et septembre 2007

Les péripéties plus récentes autour de cet album figurent dans cet article.

Mon avis sur l'album est présenté en partie dans cet autre article.


Depuis la sortie de Light + Shade, en septembre 2005, Mike Oldfield est resté très actif sur le plan de la promotion :
- il a sorti sa compil' Platinum Collection sortie en mars 2006,
- il a participé aux Nights of the Proms allemandes et espagnoles fin 2006-début 2007,
- il a fait paraître son autobiographie Changeling en mai 2007.

Les nombreuses interviews qu'a accordé Mike Oldfield pour ses promos ont également permis de suivre le développement de son nouveau projet : un album de musique instrumentale de facture complexe, inspiré par la musique classique.

En 2006, pendant sa promo pour The Platinum Collection, Mike disait de son projet en cours que ce serait
- un retour à un genre de musique instrumentale de facture plus complexe, dans la veine de ses premiers albums,
- un album en trois parties (il est finalement en deux parties),
- un album inspiré par la musique classique, qu'il écoute souvent (car son épouse Fanny écoute une radio classique),
- le retour à "de vrais doigts sur de vrais instruments", sans recours à des séquenceurs.


notp.jpg


Après cela, Mike a participé à la tournée Nights of the Proms, à l'automne-hiver 2006-2007 en Allemagne (18 dates) et en Espagne (2 dates) où il a joué des extraits de Tubular Bells, d'Ommadawn ainsi que deux chansons, le tout accompagné d'un orchestre symphonique et de choeurs. Cette expérience a peut-être contribué à orienter le projet de façon plus nette vers la musique classique. En effet, les interviews données depuis la tournée allemande nous ont appris que :

- l'album sera de la musique pour orchestre classique, piano et guitare acoustique,
- Mike Oldfield jouera lui-même du piano et de la guitare acoustique,
- il n’y aura pas du tout de guitare électrique (pour la première fois sur un album d’Oldfield),
- les parts pour orchestre ont été transcrites sur partition avec le programme Sibelius et adaptées par Karl Jenkins (Soft Machine, Adiemus),
- l’enregistrement de certaines parties a lieu à Abbey Road et des séances ont eu lieu à partir du 6 juin,
- au 5 juillet, l'enregistrement a été terminé
- la chanteuse soprano Hayley Westenra participe à l’album, de même que le pianiste Lang Lang,
- l’album s’intitulera Music of the Spheres,
- il devait initialement sortir le 12 novembre 2007, chez Mercury Records (et non pas Universal Classics comme cela avait été annoncé par un journal britannique), sous le numéro de catalogue 4766206, comme l'indiquent les fiches de l'album déjà consultable sur les sites HMV et play.com. La sortie a depuis été repoussée : voir cet article.


   jenkins.jpg     hwestenra.jpg
                                          Karl Jenkins - Hayley Westenra

Langlang.jpg                                                                              Lang Lang

Le forum du site tubular.net a relayé une information d'Universal indiquant que l'album sera sorti le 12 novembre 2007 (date ensuite repoussée) en CD et en USB flash, mais surtout communiquant la liste des morceaux présents sur l'album. Voici cette liste : 

Part 1
1.   Harbinger - 04.08  avec Lang Lang au piano
2.   Animus - 03.09  avec Lang Lang au piano
3.   Silhouette - 03.19  avec Lang Lang au piano
4.   Shabda - 04.00
5.   The Tempest - 05.48  avec Lang Lang au piano
6.   Harbinger (reprise) - 01.30  avec Lang Lang au piano
7.   On My Heart - 02.27  avec Hayley Westenra

Part 2
8.    Aurora - 03.42
9.    Prophecy - 02.54  avec Lang Lang au piano
10.  On My Heart (reprise) - 01.16
11.  Harmonia Mundi - 03.46
12.  The Other Side - 01.28
13.  Empyrean - 01.37
14.  Musica Universalis - 06.24

Durée du disque :  45.30

Plus récemment, le site tubular.net a dévoilé le projet de pochette de l'album, que voici :


pochette-mots.jpg

Les dernières informations qui ont filtré sur l'album sont apparues sur le site allemand http://www.tubular-world.com/ et sur le forum du site international http://tubular.net (postées par manintherain). Elles concernent les musiciens crédités sur l'album.

Ainsi l'orchestre qui a été assemblé pour l'occasion est baptisé le Sinfonia Sfera Orchestra.

Dirigé par Karl Jenkins, il comprend les musiciens de la liste suivante : 

Premiers violons :
Richard Stutt, Judith Temppleman, Tom Piggott-Smith, Harriott McKenzie, Tristan Gurney, Jemma McCrisken, Amy Cardigan, Joanna McWeeney, Gillan Cameron, Louisa Adridge, Kotono Sato, Jeremy Morris, Miriam Teppich, Vladimir Naumov.
Seconds violons : Peter Camble-Kelly, Emma Parker, Sophie Appleton, Jenny Chang, Holly Maleham, David Lyon, Nicholas Levy, Joanna Watts, Lucy Hartley, Jo West, Sarah Carter, Elizabeth Neil.
Altos : John Thorn, Rachel Robson, Edward Vancerspar, Emma Owens, Vincent Green, Olly Burton, Rachel Dyker, Sarah Chapman, Fay Sweet, Holly Butler.
Violoncelles : Sally Pendlebury, Jonny Byers, Chris Worsey, Verity Harding, Chris Fish, Lucy Payne, Morwenna Del Mar, Ben Trigg.
Contrebasses : Sian Hicks, Hugh Sparrow, Jeremy Watt, Kylie Davis, Frances Casey, Ben Griffis.
Flutes : Gareth Davis, Juliette Bausor.
Hautbois : Roy Carter, Rosie Jenkins.
Clarinettes : Chris Richards, Nick Ellis.
Bassons : Steven Reay, Louise Chapman.
Cors : Peter Francomb, Dave Tollington, Joe Walters, Evgeny Chebykin.
Trompettes : Gareth Small, Edward Pascal, Tom Watson.
Trombones : Simon Willis, James Adams.
Trombone basse : Rob Collinson.
Tuba : Alex Kidston.
Timbales : Steve Henderson.
Percussions : Gary Kettel, Paul Clarvis, Sam Walton, Neil Percy.

Choeurs : Mary Carewe, Jacqueline Barron, Nicole Tibbels, Mae McKenna, Heather Cairncross, Sarah Eyden


En début d'année 2007, Mike annonçait que le thème de l'album serait basé autour de l'ancien festival d'Hallowe'en c'est à dire la fête rituelle celtique de passage à l'hiver, connue également sous le nom de Samain en France. Plus récemment, Mike Oldfield a indiqué que son album s'intitulerait Music of the Spheres. Cette appellation correspond au principe de la Musica Universalis (en français Harmonie des sphères), une théorie qui pose le principe que les mouvements des corps célestes sont régi par des lois, des proportions et des harmonies similaires à celles qui régissent la musique. Tout semble indiquer qu'on n'aura pas affaire à un album "concept" aussi fort que The Songs of Distant Earth dans la mesure où la thématique semble ici interchangeable, à moins que Mike ne soit parti d'idées de saisons/mouvements, un principe que pourrait recouvrir aussi bien le thème d'Hallowe'en que celui des sphères célestes... Les titres des morceaux de l'album ayant plutôt l'air abstrait, on attend les notes dans le CD...

Sur le plan musical, la seule composition à laquelle on pourrait penser est le morceau "Mont Saint-Michel", sur l'album Voyager. Mais la participation de Karl Jenkins (les arrangements de "Mont Saint-Michel" étant de Robin Smith) et d'Hayley Westenra vont teinter Music of the Spheres d'une touche plus lyrique.



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Par Nicolas - Publié dans : Actualités
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Dimanche 10 juin 2007

(Chanteuse soprano pressentie sur le prochain album de Mike Oldfield)


westenra.jpg Hayley Westenra est née le 10 avril 1987 à Christchurch, en Nouvelle-Zélande. Elle semble douée d'une excellente oreille musicale dès l'âge de six ans et est encouragée à étudier la musique (violon, piano, flûte, chant). A l'âge de douze ans, elle enregistre en indépendante un album qu'elle presse en petites quantités, et elle est peu après repérée par les médias néo-zélandais, puis signée par le label Universal de Nouvelle-Zélande, qui lui fait enregistrer un album solo en 2001.

Elle signe ensuite chez Decca Records (groupe Universal) et publie, en 2003, son album Pure, qui reçoit une diffusion mondiale. L'album contient des chants classiques, de la musique pop et des chants traditionnels maori. Il devient l'album à démarrer le plus vite dans les classements britanniques. 2 millions d'exemplaires ont été vendus grâce à une promo qui cible la télévision et un public jeune (Hayley a chanté dans la B.O. de Mulan II).

Installée à Londres, Hayley Westenra publie en 2005 l'album Odyssey, qui marque son virage vers la musique celtique (toujours mêlée de classique, de pop et de New Age). Elle rejoint ensuite le collectif Celtic Woman, et participe à leur second album A New Journey. Elle effectue également une tournée avec eux en 2007.

En février 2007, encore âgée de 19 ans, elle a sorti son troisième album solo international : Treasure (Celtic Treasure dans certains pays). L'album contient des compositions originales et des reprises de traditionnels, comme le fameux "Danny Boy", que le père de Mike Oldfield jouait à la guitare à ses enfants.

Celtic-Treasure.jpg

Elle serait entré en studio avec Mike Oldfield et Karl Jenkins le 6 juin dernier pour des sessions d'enregistrement, en vue du prochain album de Mike, Music of the Spheres.

La voix de Hayley Westenra se situe dans la grande tradition des voix celtiques à la Loreena McKennitt et Enya, mais dans un timbre plus soprano (aigu) et une virtuosité vocale qui lui permet d'aborder le répertoire classique. Le résultat est un mélange des ambiances de McKennitt (morceaux amples et somptueux) et de classique.


Hayley Westenra - Danny Boy

Site officiel d'Hayley Westenra



L'article est écrit d'après les informations trouvées sur la page de wikipédia consacrée à Hayley Westenra.
Par Nicolas - Publié dans : Collaborations et participations
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Dimanche 3 juin 2007

Voici une traduction un peu plus conséquente de Changeling, l'autobiographie de Mike Oldfield : les huit pages traduites, prises par-ci par-là dans les chapitres 9 et 10 du livre, tournent toutes autour de la réalisation de l'album Hergest Ridge. Note : les photos ne viennent pas du livre. 


[La traduction commence après la description du concert de Tubular Bells au Queen Elizabeth Hall en juin 1973, puis de l'enregistrement du concert pour la BBC en novembre de la même année]

ouvrezlesguillemets.jpg

9. THE BEACON - 1974

[...]

A part ça, ma mémoire de cette période a disparu : tout est assez brumeux. C'était une période très étrange pour moi, un peu comme un tourbillon. Je ne faisais pas vraiment attention à ce qui se passait à la maison, dans le sens où j'étais passé à autre chose. Mes parents n'étaient pas venus au concert ; les parents faisaient partie d'un monde et les enfants d'un autre. C'est comme ça qu'étaient les gens à l'époque.

Je me souviens comment j'avais finalement pu échanger ma vieille Mini pourrie contre ce qui s'est avéré être une Bentley totalement pourrie. Je l'ai emmenée chez Jack Barclay, le concessionnaire Bentley à Berkeley Square, qui m'a dit que la faire réparer coûterait plus que le prix de la voiture. Elle avait l'air magnifique, elle avait cette adorable moquette mais si vous appuyiez trop fort sur le plancher du côté passager, votre pied passait à travers.

A cette époque, j'avais une copine que j'avais rencontré au Manoir et nous voulions vivre quelque part à la campagne. Nous nous sommes mis en route dans la Bentley, pour chercher un lieu, quelque part où habiter. Je me souviens comment nous étions partis en direction de l'ouest, par le pont de la Severn, puis par Ross-on-Wye, ensuite jusqu'à Monmouth et Hereford. Sur un simple coup de tête, nous avons conduit du nord d'Hereford à un endroit appelé Kington, juste sur la frontière galloise. Je me souviens avoir vu là une grosse colline et un club de golf à son sommet, et juste un peu en dessous il y avait une petite maison avec un panneau "à vendre" dessus. Elle avait une vue magnifique sur Kington, et on pouvait voir les montagnes noires au loin.

beacon.jpg

La maison était appelée The Beacon et elle était sur Bradnor Hill, à environ huit cent pieds (NdT : 250 mètres) de haut et sur une pente de quarante degrés. Ca n'était qu'une petite maison, fragilement construite et un peu délabrée, coincée sur cette colline entourée par des fougères et des moutons. C'était assez isolé là haut et le vent soufflait tout autour.

La maison côutait vingt mille Livres. je n'avais même pas regardé à l'intérieur, mais j'ai appelé Richard, disant : "il y a cette maison, est-ce que je peux l'acheter ?". Je pense qu'il l'a  simplement achetée et l'a déduite de mes royalties. Richard était mon manager alors en plus d'être d'être ma maison de disques, et je n'ai donc jamais eu à penser à quoi que ce soit en matière d'affaires. Je lui laissais prendre soin de tout.


[...]


En plus de ses demandes de faire une tournée, de la publicité, des interviews etc., Richard voulait un autre album, une suite. Evidemment j'avais eu un album incroyablement couronné de succès, ils ont du penser, "Que fais-tu -ha ! ha !- tu en fais un autre !". Je savais que mon contrat portait sur dix albums, mais le problème était qu'à ce moment, je ne sentais pas que j'avais une suite en moi : il y devrait bien y avoir quelque chose, un jour, mais je ne voulais pas encore faire un autre album. Toute ma vie -aussi courte qu'elle avait pu être- était allée dans Tubular Bells. Je ne savais pas ce que j'allais foutre après. Je ne voulais qu'un peu d'air.

Je sentais que Richard me mettait la pression pour faire un autre album, mais d'une façon que lui seul sait faire. Richard possède cet enthousiasme contagieux, et quand j'étais avec lui je ne paniquais plus pour quelque raison, je voulais vraiment faire ce que je pouvais pour lui. C'est vraiment catalyseur pour les gens que d'avoir cette sorte d'enthousiasme, et c'est le don de Richard, vous vous sentez vraiment plein d'énergie. Il parvient, avec son sourire et sa manière, à s'entourer de personnes talentueuses qui donneront le meilleur d'elles même pour lui.

Je me souviens d'un coup de fil en particulier. Richard me demandait : "as-tu besoin de quoi que ce soit pour recommencer à écrire de la musique ?"

J'ai dit : "heu, eh bien, il y a cet orgue que David Bedford avait, dans Kevin Ayers and the Whole World ?". Richard m'a demandé quel nom il avait. "Heu, un Farfisa ? Pas un Continental, quelque chose comme un Professional Two". Je me souvenais que c'était un gros machin ancien, tous les boutons étaient peints comme des dragées, en rose et jaune. Le week end suivant, j'ai regardé par la fenêtre et j'ai vu Richard monter en titubant depuis le parking au bas de la colline, il portait en fait ce monstreux et affreux orgue Farfisa. Bien sûr, je suis descendu et je l'ai aidé à le monter. J'ai trouvé ça plutôt charmant, il aurait pu faire faire ça par quelqu'un d'autre, mais il l'avait apporté lui même.

A la longue, j'ai accepté de commencer à travailler sur un deuxième album, parce que je m'y sentais obligé. Richard voulait que je le fasse, et d'un autre coté, à ce moment je ne savais pas ce que j'allais pouvoir faire d'autre de ma vie. Je ne m'étais jamais vraiment senti comme un musicien ; un musicien était quelqu'un de différent, quelqu'un qui joue dans des orchestres, ou des clubs ou autre. J'avais fini par faire ça, mais je n'avais jamais senti que j'étais à ma place. J'en suis arrivé plus tard à croire que Richard voulait me mettre sur un nouvel album, pas seulement parce qu'il voulait écouter une autre oeuvre de musique magnifique, mais aussi parce qu'il voulait un autre album couronné de succès. C'était là sa raison mais je ne l'ai pas réalisé alors, je pensais qu'il était seulement interessé par la musique.

Avec le Farfisa, on m'avait donné du matériel d'enregistrement, des magnétophones à quatre pistes et une table de mixage. Ce n'était pas du très bon matériel, mais au moins je pouvais faire des démos plus compliquées que ma démo de Tubular Bells avec ses sons les uns sur les autres. J'avais aussi un ou deux morceaux en surplus de mes sessions du dernier album.

Avec tout ça, j'ai commencé à travailler sur quelques idées.


[...]


10.  HERGEST RIDGE - 1975


Je luttais toujours contre mes crises de panique. Toute la culpabilité, la colère émotionnelle, la perte que j'avais vécue dans le passé, tout était là à l'intérieur de moi, comme une boule d'énergie émotionnelle. De nombreuses situations ramenaient des souvenirs de mon enfance : des souvenirs-clés comme la bagarre avec mon père étaient sucsités par certaines choses, comme par exemple si je me sentais menacé physiquement. Si je ressentais une injustice, là c'était important, cela connectait à beaucoup de choses. Je me sentais souvent complètement hors de contrôle, quasiment un automate à cause de mes peurs profondément ancrées et de mon conditionnement psychologique.

Je suis sûr que c'est la même chose pour tout ceux qui se sont occupé ou ont vécu avec une personne malade pendant beaucoup d'années : on commence à la détester. Avec le temps le ressentiment se développe et vous vous trouvez à la détester pour tout le stress qu'elle vous cause. En même temps, une autre part de vous pense, "je ne devrais pas faire ça, je devrais être gentil et généreux." Cela vous remplit de culpabilité. Pour moi, cela se reliait avec toutes les autres choses, comme mes années d'enfance et comment j'avais été endoctriné par mon éducation catholique, quand on m'avait enseigné que la culpabilité est un péché. Tout cela devient un cercle vicieux.

Principalement, je dominais tout ça avec de l'alcool ; je buvais trop, mais c'était pour supprimer les crises. Je n'aimais pas prendre des médicaments de toute sorte, mais j'avais tout le temps un Valium dans mon portefeuille : occasionellement, quand j'avais une crise de panique, je grignotais un peu le cachet. Pour certaines personnes, la seule issue est de prendre des tranquillisants mais je ne voulais pas finir comme ma mère, qui était dépendante de médicaments prescrits.

J'aimais être là haut à Bradnor Hill, et être dehors au beau milieu de la campagne me mettait à l'abri de la panique. En face de la maison, il y avait cette magnifique, longue colline striée appelée Hergest Ridge. Au sommet se trouvait cet étrange rocher nommé The Whet Stone, un point de repère célèbre qui, paraît-il, datait des temps préhistoriques. Je commençais à faire des modèles réduits d'avions, avec la même sorte d'attention méticuleuse que j'avais apprise de mon père. Je m'y suis vraiment intéressé. Je me sentais en paix là bas sur la crête, seul avec mes maquettes. 


maquette.jpg


Je trouvais les animaux très apaisants, donc à un moment j'ai décidé d'avoir deux chiens, des lévriers afghans. Je pensais qu'ils étaient mignons, mais, mon Dieu, ils étaient affreux. J'ai eu un problème terrible avec l'agriculteur, car ils chassaient tous les moutons sur Bradnor Hill et en ont tué un ou deux. J'ai du m'en débarrasser, donc j'ai acheté un couple de chats persans à la place.



Quand tout s'accumulait, je pouvais me réfugier dans mon univers musical. C'était comme un cocon autour de moi, tout à l'intérieur était si beau et sûr. Je pouvais imaginer que chacun des instruments disait quelque chose -la basse n'était pas seulement une guitare basse, c'était une grande personnalité, profonde. La musique m'était aussi familière que la voix humaine et le langage humain, avec ses propres mots et phrases. Tout se tenait, dans cette logique musicale.

C'était comme si j'étais un extra-terrestre, se souvenant de ce que c'était que d'être sur sa propre planète, où les gens ne parlaient pas, ils chantaient et émettaent des sons musicaux comme moyen de communication. Si j'éteignais mon "appareil de traduction de langage", tout ce que je pouvais entendre était un son flou et du charabia. Une vraie voix humaine qui parle n'est pas du tout un son agréable, la plupart du temps. Il y a des langues qui recèlent quelques sons affreux -les sons gutturaux étranges de plusieurs langues européennes, par exemple- ce n'est pas du tout une façon très élégante de communiquer. Tandis que le magnifique monde musical était plus gracieux, une sorte de nirvana dans la musique, un lieu de sécurité dans lequel je vivais et qui empêchait les crises de panique de venir.

J'ai progressivement rassemblé mes idées et commencé concrètement à faire une démo du deuxième album. Je ne voulais pas le faire, mais je ne pensais pas vraiment que j'avais le choix. C'est arrivé plus d'une fois dans ma carrière que je n'ait pas eu envie de travailler mais je m'y mets quand même car, vraiment, qu'est ce que je ferais d'autre ? Richard m'appelait pour me demander comment j'allais, mais si je n'avais pas fait quelque chose dans la musique, je ne sais pas ce que j'aurais fait.

J'ai vraiment dû lutter pour commencer Hergest Ridge, mais après m'être poussé à commencer, ça a été comme entasser des brindilles dans un feu. Ca a pris vie par soi-même, avec ses propres impulsions et ça s'est auto-entretenu. Musicalement, cela n'avait rien à voir avec Tubular Bells. Il y avait des trompettes et des tin whistles, différentes sortes d'influences qui étaient d'une certaine façon un reflet de l'endroit où je vivais, je suppose que l'on appelerait cela des sons New Age aujourd'hui. Je roulais sur des réservoirs quasi vides quand je le confectionnais, mais jai réussi à bricoler une sorte d'album.


Au bout d'un moment, j'ai vraiment commencé à m'y immerger, ou au moins en partie. Il y avait un morceau de musique qui a terminé sur la deuxième partie d'Hergest Ridge, une simple et belle mélodie, juste à l'orgue et à la guitare acoustique. Le son de celle-ci, pour moi, était comme la conversation de quelqu'un : ils n'employaient pas des mots mais de la musique, des notes de musique et des tonalités musicales. La voix était tout simplement amicale et réconfortante et elle me disait "je suis en sécurité, je suis à l'aise, rien ne va me faire mal, je ne vais pas avoir de crise de panique, je ne vais pas me perdre dans le monde gigantestque et monstrueux où sont mes cauchemars".

beaconpiano2.jpg

Une fois que j'ai eu fini les démos, le temps est venu de tout enregistrer proprement dit. J'avais demandé à Tom Newman de m'y aider une nouvelle fois, car nous nous étions entendus si bien lors de Tubular Bells. Le Manoir était complètement réservé, alors pour commencer j'ai été mis dans des studios à Basing Street, un ancien cinéma. J'ai détesté cet endroit, je ne voulais pas du tout y travailler. Ca me conduisait à ne pas avoir envie de faire un nouvel album, mais je pouvais sentir cette pression de terminer les choses. Ensuite, nous avons été placé dans un studio quelque part comme Chipping Norton. J'ai détesté cet endroit encore plus, et à la fin nous n'utilisions même plus le temps de studio. Je ne me donnais pas la peine d'y travailler, et donc Tom et moi sortions faire voler des maquettes d'avion à la place.

Je n'avais vraiment pas le coeur à faire ça. Je devais m'en débarrasser, mais c'était comme faire sortir la dernière goutte de dentifrice de son tube. Quelle que soit énergie musicale refoulée que j'avais pu avoir en moi, je l'avais totalement livrée avec Tubular Bells et il n'en restait plus qu'un tout petit peu. Tant bien que mal, l'album fut terminé, ce qui fut plus un soulagement qu'autre chose.


hr-33.jpg



Le photographe qui avait fait la pochette de Tubular Bells, Trevor Key, est venu à Hergest Ridge pour faire la pochette. Il est arrivé avec Bootleg, le lévrier d'Irlande du Manoir : il est sur la pochette, sur la crête d'Hergest. Je n'ai pas aimé le résultat, pour être honnête. Après la pochette de Tubular Bells, qui était si puissante, celle là n'était seulement qu'un peu bizarre.

fermezlesguillemets.jpg


 [L'ouvrage poursuit par la description des projets de Orchestral Tubular Bells et Orchestral Hergest Ridge]


A lire également sur ce blog, sur les mêmes sujets :
Chronique d'Hergest Ridge
Un autre passage de Changeling
Un article sur les maisons de Mike Oldfield

Par Nicolas - Publié dans : Articles et entretiens
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Dimanche 27 mai 2007
La Fender Telecaster de Mike Oldfield a été mise aux enchères le 20 juin 2007 chez Bonhams au profit d'une oeuvre caritative, mais n'a pas trouvé preneur. Elle avait été achetée par Roy Guest, agent de Sallyangie, pour le jeune Mike Oldfield (16 ans), au moment où celui-ci avait décidé de fonder le groupe Barefoot avec son frère Terry. Mike y avait ajouté, avec l'aide de son père, le micro Bill Lawrence qu'il avait déjà posé sur sa précédente guitare.



Vente 15242 - Objets emblématiques du Cinéma et du Rock & Roll, 20 juin 2007
Knightsbridge 


Lot No : 391

La Fender Telecaster de Mike Oldfield, utilisée pour enregistrer l'album 'Tubular Bells',
F-plate avec numéro de série 180728, corps finition naturelle avec une plaque pick guard laminée noire et blanche, un micro supplémentaire Bill Lawrence, des boutons de réglage de tonalité et volume et deux interrupteurs de sélection, manche timbré NOV66B, avec une touche et des inserts en bois de rose, tête avec clés Kluson, dans une valise Fender.

Estimation : £25,000 - 35,000  (€ 37,000 - 45,000)


Note :

Cette guitare, possédée auparavant par Marc Bolan et à l'origine avec une finition "blonde", a été la seule guitare électrique à six cordes utilisée par Mike Oldfield sur son premier album, 'Tubular Bells'.
Les premières démos de Mike ont été enregistrées dans son appartement de Londres, sur un magnétophone qui lui était prêté. Il avait apporté la bande à plusieurs maisons de disques, aucune d'entre elles ne manifestant beaucoup d'enthousiasme pour celle-ci. Cependant, Tom Newman, responsable du nouveau studio de Virgin au Manoir, à Shipton-on-Cherwell, Oxfordshire, l'entendit et convinc Richard Branson de laisser du temps de studio à Mike pour enregistrer l'album. Enregistré pendant l'automne 1972 et le printemps 1973, l'album a été refusé par toutes les maisons de disques approchées par Branson et il fut donc décidé que Virgin le sortirait elle-même. Ce fut le premier album sorti par Virgin, portant le numéro de catalogue V2001.
Paru le 25 mai 1973, l'album a été numéro 1 dans les charts britanniques, devenant l'album de rock instrumental le plus vendu avec des ventes mondiales dépassant les 25 millions d'exemplaires. 

La guitare a fait l'objet d'une donation de Mike Oldfield pour pouvoir être vendue au profit de l'oeuvre caritative SANE, dédiée à la santé mentale.


Telecaster-Oldfield.jpg

21/06/07 : d'après un article sur le site de la bbc, la guitare n'a pas trouvé preneur lors de cette vente.



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Par Nicolas - Publié dans : Actualités
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Jeudi 24 mai 2007
Avant un épilogue de trois pages, la conclusion du dernier chapitre de Changeling (chapitre 15 : Berlin to Now - 1990-2006) m'a touché, par le côté crépusculaire que dégagent les propos d'un Mike Oldfield qui reconnaît vieillir dans un monde qui change très vite. Je vous laisse lire une traduction avec dico de la 250e page de Changeling.




ouvrezlesguillemets.jpg Récemment, j'ai décidé de quitter de nouveau la région londonienne avec ma femme Fanny et notre fils Jake. C'était vraiment un bouleversement pour moi de quitter ma maison à Chalfont Saint Giles après tant d'années. Chose curieuse, je ne suis pas très loin de mon ancienne maison dans les Cotswolds ; ce n'est qu'à une demi-heure de route. Quand nous sommes arrivés ici, j'ai pensé "Maintenant je peux avoir une vie tranquille", mais cette philosophie n'a pas duré longtemps. Il y a une dizaine d'années, il a été question de faire un livre ; j'avais passé du temps à faire des entretiens avec Annie Nightingale, la DJ, mais ils n'ont jamais abouti à quelque chose. Alors j'ai pensé que je pourrais m'en occuper de nouveau. Maintenant que c'est fait, j'ai reconstitué mon studio et j'ai commencé à travailler sur une nouvelle oeuvre musicale.

Les choses changent tellement dans l'industrie musicale. A l'avenir, tout ne sera probablement plus qu'en téléchargement, le CD va suivre le même chemin que le vinyle. La technologie a progressé si incroyablement que j'ai des difficultés à suivre. Heureusement, je suis toujours à la pointe de la technologie pour ce qui est de l'enregistrement : je suis un bêta-testeur pour les derniers logiciels de production musicale, et je reçois donc des nouvelles versions à essayer, ce que j'adore.

Enfin, l'âge est en train de me rattraper sans que je ne l'ai vu venir. Avant, je savais faire plusieurs choses à la fois, mais je ne peux plus le faire aussi bien ; je suis fatigué là où je ne l'aurais pas été avant ; ma mémoire du court terme commence à se dégrader un petit peu, mais ce n'est pas trop mal pour le moment encore. J'ai du m'habituer à des choses comme porter des lunettes pour lire. J'ai une paire de lunettes dans chaque pièce, car si je n'ai qu'une seule paire et que je l'emmène dans la pièce d'à côté, quand je reviens là où j'étais, je me dis "Mais où sont donc ces lunettes". Donc j'ai une paire pour chaque pièce et je fais attention à bien les laisser là.

C'est vraiment une nouvelle phase dans la vie. Si vous m'aviez dit, à dix-neuf ans, quand je faisais Tubular Bells, que j'aurais cinquante-trois ans un jour et que je parlerais de tout ça, je n'aurais jamais pensé ça possible, mais ça a fini par arriver. Le monde entier a complètement changé. Je n'arrive pas à croire que je suis toujours actif, que je signifie toujours quelque chose dans l'industrie musicale. Même si les choses n'ont plus rien à voir avec ce qu'elles étaient en 1973, je suis très heureux de ma situation.

Qu'y aura-t'il ensuite ? Je projette de faire une oeuvre de musique plus classique, ce qui est la dernière chose que je n'ai pas encore faite. Après ça, je n'en sais rien. fermezlesguillemets.jpg
Par Nicolas - Publié dans : Articles et entretiens
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