(Chanteuse soprano pressentie sur le prochain album de Mike Oldfield)
Hayley Westenra est née le 10 avril
1987 à Christchurch, en Nouvelle-Zélande. Elle semble douée d'une excellente oreille musicale dès l'âge de six ans et est encouragée à étudier la musique (violon, piano, flûte, chant). A
l'âge de douze ans, elle enregistre en indépendante un album qu'elle presse en petites quantités, et elle est peu après repérée par les médias néo-zélandais, puis signée par le label Universal de
Nouvelle-Zélande, qui lui fait enregistrer un album solo en 2001.
Elle signe ensuite chez Decca Records (groupe Universal) et publie, en 2003, son album Pure, qui reçoit une diffusion mondiale. L'album contient des chants classiques, de la musique pop
et des chants traditionnels maori. Il devient l'album à démarrer le plus vite dans les classements britanniques. 2 millions d'exemplaires ont été vendus grâce à une promo qui
cible la télévision et un public jeune (Hayley a chanté dans la B.O. de Mulan II).
Installée à Londres, Hayley Westenra publie en 2005 l'album Odyssey, qui marque son virage vers la musique celtique (toujours mêlée de classique, de pop et de New Age). Elle rejoint
ensuite le collectif Celtic Woman, et participe à leur second album A New Journey. Elle effectue également une tournée avec eux en 2007.
En février 2007, encore âgée de 19 ans, elle a sorti son troisième album solo international : Treasure (Celtic
Treasure dans certains pays). L'album contient des compositions originales et des reprises de traditionnels, comme le fameux "Danny Boy", que le père de Mike Oldfield jouait à la guitare à ses enfants.

Elle serait entré en studio avec Mike Oldfield et Karl Jenkins le 6 juin dernier pour des sessions d'enregistrement, en vue du prochain album de Mike, Music of the Spheres.
La voix de Hayley Westenra se situe dans la grande tradition des voix celtiques à la Loreena McKennitt et Enya, mais dans un timbre plus soprano (aigu) et une
virtuosité vocale qui lui permet d'aborder le répertoire classique. Le résultat est un mélange des ambiances de McKennitt (morceaux amples et somptueux) et de classique.
Hayley Westenra - Danny Boy
Site officiel d'Hayley Westenra
L'article est écrit d'après les informations trouvées sur la page de wikipédia consacrée à Hayley Westenra.
Voici une traduction un peu plus conséquente de Changeling, l'autobiographie de Mike Oldfield : les huit pages traduites, prises par-ci par-là dans les chapitres 9 et 10 du livre, tournent toutes autour de la réalisation de l'album Hergest Ridge. Note : les photos ne viennent pas du livre.
[La traduction commence après la description du concert de Tubular Bells au Queen Elizabeth Hall en juin 1973, puis de l'enregistrement du concert pour la BBC en novembre de la même année]

9. THE BEACON - 1974
[...]
A part ça, ma mémoire de cette période a disparu : tout est assez brumeux. C'était une période très étrange pour moi, un peu comme un tourbillon. Je ne faisais pas vraiment attention à ce qui se passait à la maison, dans le sens où j'étais passé à autre chose. Mes parents n'étaient pas venus au concert ; les parents faisaient partie d'un monde et les enfants d'un autre. C'est comme ça qu'étaient les gens à l'époque.
Je me souviens comment j'avais finalement pu échanger ma vieille Mini pourrie contre ce qui s'est avéré être une Bentley totalement pourrie. Je l'ai emmenée chez Jack Barclay, le concessionnaire Bentley à Berkeley Square, qui m'a dit que la faire réparer coûterait plus que le prix de la voiture. Elle avait l'air magnifique, elle avait cette adorable moquette mais si vous appuyiez trop fort sur le plancher du côté passager, votre pied passait à travers.
A cette époque, j'avais une copine que j'avais rencontré au Manoir et nous voulions vivre quelque part à la campagne. Nous nous sommes mis en route dans la Bentley, pour chercher un lieu, quelque part où habiter. Je me souviens comment nous étions partis en direction de l'ouest, par le pont de la Severn, puis par Ross-on-Wye, ensuite jusqu'à Monmouth et Hereford. Sur un simple coup de tête, nous avons conduit du nord d'Hereford à un endroit appelé Kington, juste sur la frontière galloise. Je me souviens avoir vu là une grosse colline et un club de golf à son sommet, et juste un peu en dessous il y avait une petite maison avec un panneau "à vendre" dessus. Elle avait une vue magnifique sur Kington, et on pouvait voir les montagnes noires au loin.
La maison côutait vingt mille Livres. je n'avais même pas regardé à l'intérieur, mais j'ai appelé Richard, disant : "il y a cette maison, est-ce que je peux l'acheter ?". Je pense qu'il l'a simplement achetée et l'a déduite de mes royalties. Richard était mon manager alors en plus d'être d'être ma maison de disques, et je n'ai donc jamais eu à penser à quoi que ce soit en matière d'affaires. Je lui laissais prendre soin de tout.
[...]
En plus de ses demandes de faire une tournée, de la publicité, des interviews etc., Richard voulait un autre album, une suite. Evidemment j'avais eu un album incroyablement couronné de succès, ils ont du penser, "Que fais-tu -ha ! ha !- tu en fais un autre !". Je savais que mon contrat portait sur dix albums, mais le problème était qu'à ce moment, je ne sentais pas que j'avais une suite en moi : il y devrait bien y avoir quelque chose, un jour, mais je ne voulais pas encore faire un autre album. Toute ma vie -aussi courte qu'elle avait pu être- était allée dans Tubular Bells. Je ne savais pas ce que j'allais foutre après. Je ne voulais qu'un peu d'air.
Je sentais que Richard me mettait la pression pour faire un autre album, mais d'une façon que lui seul sait faire. Richard possède cet enthousiasme contagieux, et quand j'étais avec lui je ne paniquais plus pour quelque raison, je voulais vraiment faire ce que je pouvais pour lui. C'est vraiment catalyseur pour les gens que d'avoir cette sorte d'enthousiasme, et c'est le don de Richard, vous vous sentez vraiment plein d'énergie. Il parvient, avec son sourire et sa manière, à s'entourer de personnes talentueuses qui donneront le meilleur d'elles même pour lui.
Je me souviens d'un coup de fil en particulier. Richard me demandait : "as-tu besoin de quoi que ce soit pour recommencer à écrire de la musique ?"
J'ai dit : "heu, eh bien, il y a cet orgue que David Bedford avait, dans Kevin Ayers and the Whole World ?". Richard m'a demandé quel nom il avait. "Heu, un Farfisa ? Pas un Continental, quelque chose comme un Professional Two". Je me souvenais que c'était un gros machin ancien, tous les boutons étaient peints comme des dragées, en rose et jaune. Le week end suivant, j'ai regardé par la fenêtre et j'ai vu Richard monter en titubant depuis le parking au bas de la colline, il portait en fait ce monstreux et affreux orgue Farfisa. Bien sûr, je suis descendu et je l'ai aidé à le monter. J'ai trouvé ça plutôt charmant, il aurait pu faire faire ça par quelqu'un d'autre, mais il l'avait apporté lui même.
A la longue, j'ai accepté de commencer à travailler sur un deuxième album, parce que je m'y sentais obligé. Richard voulait que je le fasse, et d'un autre coté, à ce moment je ne savais pas ce que j'allais pouvoir faire d'autre de ma vie. Je ne m'étais jamais vraiment senti comme un musicien ; un musicien était quelqu'un de différent, quelqu'un qui joue dans des orchestres, ou des clubs ou autre. J'avais fini par faire ça, mais je n'avais jamais senti que j'étais à ma place. J'en suis arrivé plus tard à croire que Richard voulait me mettre sur un nouvel album, pas seulement parce qu'il voulait écouter une autre oeuvre de musique magnifique, mais aussi parce qu'il voulait un autre album couronné de succès. C'était là sa raison mais je ne l'ai pas réalisé alors, je pensais qu'il était seulement interessé par la musique.
Avec le Farfisa, on m'avait donné du matériel d'enregistrement, des magnétophones à quatre pistes et une table de mixage. Ce n'était pas du très bon matériel, mais au moins je pouvais faire des démos plus compliquées que ma démo de Tubular Bells avec ses sons les uns sur les autres. J'avais aussi un ou deux morceaux en surplus de mes sessions du dernier album.
Avec tout ça, j'ai commencé à travailler sur quelques idées.
[...]
10. HERGEST RIDGE - 1975
Je luttais toujours contre mes crises de panique. Toute la culpabilité, la colère émotionnelle, la perte que j'avais vécue dans le passé, tout était là à l'intérieur de moi, comme une boule d'énergie émotionnelle. De nombreuses situations ramenaient des souvenirs de mon enfance : des souvenirs-clés comme la bagarre avec mon père étaient sucsités par certaines choses, comme par exemple si je me sentais menacé physiquement. Si je ressentais une injustice, là c'était important, cela connectait à beaucoup de choses. Je me sentais souvent complètement hors de contrôle, quasiment un automate à cause de mes peurs profondément ancrées et de mon conditionnement psychologique.
Je suis sûr que c'est la même chose pour tout ceux qui se sont occupé ou ont vécu avec une personne malade pendant beaucoup d'années : on commence à la détester. Avec le temps le ressentiment se développe et vous vous trouvez à la détester pour tout le stress qu'elle vous cause. En même temps, une autre part de vous pense, "je ne devrais pas faire ça, je devrais être gentil et généreux." Cela vous remplit de culpabilité. Pour moi, cela se reliait avec toutes les autres choses, comme mes années d'enfance et comment j'avais été endoctriné par mon éducation catholique, quand on m'avait enseigné que la culpabilité est un péché. Tout cela devient un cercle vicieux.
Principalement, je dominais tout ça avec de l'alcool ; je buvais trop, mais c'était pour supprimer les crises. Je n'aimais pas prendre des médicaments de toute sorte, mais j'avais tout le temps un Valium dans mon portefeuille : occasionellement, quand j'avais une crise de panique, je grignotais un peu le cachet. Pour certaines personnes, la seule issue est de prendre des tranquillisants mais je ne voulais pas finir comme ma mère, qui était dépendante de médicaments prescrits.
J'aimais être là haut à Bradnor Hill, et être dehors au beau milieu de la campagne me mettait à l'abri de la panique. En face de la maison, il y avait cette magnifique, longue colline striée appelée Hergest Ridge. Au sommet se trouvait cet étrange rocher nommé The Whet Stone, un point de repère célèbre qui, paraît-il, datait des temps préhistoriques. Je commençais à faire des modèles réduits d'avions, avec la même sorte d'attention méticuleuse que j'avais apprise de mon père. Je m'y suis vraiment intéressé. Je me sentais en paix là bas sur la crête, seul avec mes maquettes.
Je trouvais les animaux très apaisants, donc à un moment j'ai décidé d'avoir deux chiens, des lévriers afghans. Je pensais qu'ils étaient mignons, mais, mon Dieu, ils étaient affreux. J'ai eu un
problème terrible avec l'agriculteur, car ils chassaient tous les moutons sur Bradnor Hill et en ont tué un ou deux. J'ai du m'en débarrasser, donc j'ai acheté un couple de chats persans à
la place.
Quand tout s'accumulait, je pouvais me réfugier dans mon univers musical. C'était comme un cocon autour de moi, tout à l'intérieur était si beau et sûr. Je pouvais imaginer que chacun
des instruments disait quelque chose -la basse n'était pas seulement une guitare basse, c'était une grande personnalité, profonde. La musique m'était aussi familière que la voix humaine et
le langage humain, avec ses propres mots et phrases. Tout se tenait, dans cette logique musicale.
C'était comme si j'étais un extra-terrestre, se souvenant de ce que c'était que d'être sur sa propre planète, où les gens ne parlaient pas, ils chantaient et émettaent des sons musicaux comme
moyen de communication. Si j'éteignais mon "appareil de traduction de langage", tout ce que je pouvais entendre était un son flou et du charabia. Une vraie voix humaine qui parle n'est pas du
tout un son agréable, la plupart du temps. Il y a des langues qui recèlent quelques sons affreux -les sons gutturaux étranges de plusieurs langues européennes, par exemple- ce n'est pas
du tout une façon très élégante de communiquer. Tandis que le magnifique monde musical était plus gracieux, une sorte de nirvana dans la musique, un lieu de sécurité dans lequel je vivais et qui
empêchait les crises de panique de venir.
J'ai progressivement rassemblé mes idées et commencé concrètement à faire une démo du deuxième album. Je ne voulais pas le faire, mais je ne pensais pas vraiment que j'avais le choix. C'est
arrivé plus d'une fois dans ma carrière que je n'ait pas eu envie de travailler mais je m'y mets quand même car, vraiment, qu'est ce que je ferais d'autre ? Richard m'appelait pour me demander
comment j'allais, mais si je n'avais pas fait quelque chose dans la musique, je ne sais pas ce que j'aurais fait.
J'ai vraiment dû lutter pour commencer Hergest Ridge, mais après m'être poussé à commencer, ça a été comme entasser des brindilles dans un feu. Ca a pris vie par soi-même, avec ses
propres impulsions et ça s'est auto-entretenu. Musicalement, cela n'avait rien à voir avec Tubular Bells. Il y avait des trompettes et des tin whistles, différentes sortes d'influences
qui étaient d'une certaine façon un reflet de l'endroit où je vivais, je suppose que l'on appelerait cela des sons New Age aujourd'hui. Je roulais sur des réservoirs quasi vides quand je le
confectionnais, mais jai réussi à bricoler une sorte d'album.
Au bout d'un moment, j'ai vraiment commencé à m'y immerger, ou au moins en partie. Il y avait un morceau de musique qui a terminé sur la deuxième partie d'Hergest Ridge, une simple et belle mélodie, juste à l'orgue et à la guitare acoustique. Le son de celle-ci, pour moi, était comme la conversation de quelqu'un : ils n'employaient pas des mots mais de la musique, des notes de musique et des tonalités musicales. La voix était tout simplement amicale et réconfortante et elle me disait "je suis en sécurité, je suis à l'aise, rien ne va me faire mal, je ne vais pas avoir de crise de panique, je ne vais pas me perdre dans le monde gigantestque et monstrueux où sont mes cauchemars".
Je n'avais vraiment pas le coeur à faire ça. Je devais m'en débarrasser, mais c'était comme faire sortir la dernière goutte de dentifrice de son tube. Quelle que soit énergie musicale refoulée que j'avais pu avoir en moi, je l'avais totalement livrée avec Tubular Bells et il n'en restait plus qu'un tout petit peu. Tant bien que mal, l'album fut terminé, ce qui fut plus un soulagement qu'autre chose.
Le photographe qui avait fait la pochette de Tubular Bells, Trevor Key, est venu à Hergest Ridge pour faire la pochette. Il est arrivé avec Bootleg, le lévrier d'Irlande du Manoir :
il est sur la pochette, sur la crête d'Hergest. Je n'ai pas aimé le résultat, pour être honnête. Après la pochette de Tubular Bells, qui était si puissante, celle là n'était seulement
qu'un peu bizarre.

[L'ouvrage poursuit par la description des projets de Orchestral Tubular Bells et Orchestral Hergest Ridge]
A lire également sur ce blog, sur les mêmes sujets :
Chronique d'Hergest Ridge
Un autre passage de Changeling
Un article sur les maisons de Mike Oldfield
Vente 15242 - Objets
emblématiques du Cinéma et du Rock & Roll, 20 juin 2007
Knightsbridge
Lot No : 391
La Fender Telecaster de Mike Oldfield, utilisée pour enregistrer l'album 'Tubular Bells',
F-plate avec numéro de série 180728, corps finition naturelle avec une plaque pick guard laminée noire et blanche, un micro supplémentaire Bill Lawrence, des boutons de réglage de tonalité et
volume et deux interrupteurs de sélection, manche timbré NOV66B, avec une touche et des inserts en bois de rose, tête avec clés Kluson, dans une valise Fender.
Estimation : £25,000 - 35,000 (€ 37,000 - 45,000)
Note :
Cette guitare, possédée auparavant par Marc Bolan et à l'origine avec une finition "blonde", a été la seule guitare électrique à six cordes utilisée par Mike Oldfield sur son premier album,
'Tubular Bells'.
Les premières démos de Mike ont été enregistrées dans son appartement de Londres, sur un magnétophone qui lui était prêté. Il avait apporté la bande à plusieurs maisons de disques, aucune d'entre
elles ne manifestant beaucoup d'enthousiasme pour celle-ci. Cependant, Tom Newman, responsable du nouveau studio de Virgin au Manoir, à Shipton-on-Cherwell, Oxfordshire, l'entendit et convinc
Richard Branson de laisser du temps de studio à Mike pour enregistrer l'album. Enregistré pendant l'automne 1972 et le printemps 1973, l'album a été refusé par toutes les maisons de disques
approchées par Branson et il fut donc décidé que Virgin le sortirait elle-même. Ce fut le premier album sorti par Virgin, portant le numéro de catalogue V2001.
Paru le 25 mai 1973, l'album a été numéro 1 dans les charts britanniques, devenant l'album de rock instrumental le plus vendu avec des ventes mondiales dépassant les 25 millions
d'exemplaires.
La guitare a fait l'objet d'une donation de Mike Oldfield pour pouvoir être vendue au profit de l'oeuvre caritative SANE, dédiée à la santé mentale.

21/06/07 : d'après un article sur le site de la bbc, la guitare n'a pas
trouvé preneur lors de cette vente.
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Récemment, j'ai décidé de quitter de nouveau la région londonienne avec ma femme Fanny et notre fils Jake. C'était vraiment un bouleversement pour moi de quitter
ma maison à Chalfont Saint Giles après tant d'années. Chose curieuse, je ne suis pas très loin de mon ancienne maison dans les Cotswolds ; ce n'est qu'à une demi-heure de route. Quand nous sommes
arrivés ici, j'ai pensé "Maintenant je peux avoir une vie tranquille", mais cette philosophie n'a pas duré longtemps. Il y a une dizaine d'années, il a été question de faire un livre ; j'avais
passé du temps à faire des entretiens avec Annie Nightingale, la DJ, mais ils n'ont jamais abouti à quelque chose. Alors j'ai pensé que je pourrais m'en occuper de nouveau. Maintenant que c'est
fait, j'ai reconstitué mon studio et j'ai commencé à travailler sur une nouvelle oeuvre musicale.Les choses changent tellement dans l'industrie musicale. A l'avenir, tout ne sera probablement plus qu'en téléchargement, le CD va suivre le même chemin que le vinyle. La technologie a progressé si incroyablement que j'ai des difficultés à suivre. Heureusement, je suis toujours à la pointe de la technologie pour ce qui est de l'enregistrement : je suis un bêta-testeur pour les derniers logiciels de production musicale, et je reçois donc des nouvelles versions à essayer, ce que j'adore.
Enfin, l'âge est en train de me rattraper sans que je ne l'ai vu venir. Avant, je savais faire plusieurs choses à la fois, mais je ne peux plus le faire aussi bien ; je suis fatigué là où je ne l'aurais pas été avant ; ma mémoire du court terme commence à se dégrader un petit peu, mais ce n'est pas trop mal pour le moment encore. J'ai du m'habituer à des choses comme porter des lunettes pour lire. J'ai une paire de lunettes dans chaque pièce, car si je n'ai qu'une seule paire et que je l'emmène dans la pièce d'à côté, quand je reviens là où j'étais, je me dis "Mais où sont donc ces lunettes". Donc j'ai une paire pour chaque pièce et je fais attention à bien les laisser là.
C'est vraiment une nouvelle phase dans la vie. Si vous m'aviez dit, à dix-neuf ans, quand je faisais Tubular Bells, que j'aurais cinquante-trois ans un jour et que je parlerais de tout ça, je n'aurais jamais pensé ça possible, mais ça a fini par arriver. Le monde entier a complètement changé. Je n'arrive pas à croire que je suis toujours actif, que je signifie toujours quelque chose dans l'industrie musicale. Même si les choses n'ont plus rien à voir avec ce qu'elles étaient en 1973, je suis très heureux de ma situation.
Qu'y aura-t'il ensuite ? Je projette de faire une oeuvre de musique plus classique, ce qui est la dernière chose que je n'ai pas encore faite. Après ça, je n'en sais rien.
La période qui va des derniers mois du Whole World au début de l'enregistrement de Tubular Bells était confuse. Changeling, l'autobiographie de Mike
Oldfield, que je viens de recevoir et de parcourir, éclaire un peu mieux cette période, mais n'en fixe toujours pas les dates-clés, qui restent donc ici de pures hypothèses.
Dans l'article consacré au Whole World, on a vu comment Mike Oldfield avait de plus en plus envie de suivre ses propres idées musicales. A l'époque, la musique rock était essentiellement l'affaire de collectifs, et Mike avait songé à fonder son propre groupe, avant d'y renoncer après l'expérience mitigée de la fin du Whole World (un élément abordé dans Changeling qui sera ajouté dans le chapitre précédent ultérieurement).
Lors de la formation éphémère du "deuxième" Whole World, Kevin Ayers avait loué une maison à Westbourne Gardens à Tottenham pour la partager avec ses musiciens.
Mike avait une petite chambre au premier étage, donnant sur le jardin. Lors de la dissolution du groupe, Kevin quitta la maison, mais informa les autres musiciens qu'il en paierait le loyer encore
quelques mois. Avant de partir, il prêta à Mike son magnétophone portatif deux-pistes Bang & Olufsen Beocord 2000, sachant que Mike souhaitait travailler sur son projet
solo.Mike bricola cet appareil afin de pouvoir y faire des oberdubs en stéréo, en modifiant les câblages et en bloquant la tête d'effacement avec un bout de carton. Equipé de sa Telecaster, d'une basse Fender prêtée par Ayers, d'un orgue farfisa prêté par Bedford et d'un jouet avec des cloches, il se mit à assembler ses idées musicales.
Mike avait déjà composé ou improvisé des instrumentaux de 10-15 minutes lorsqu'il était adolescent. En 1971, il écoutait également de la musique symphonique. Mais c'est surtout les longs instrumentaux du groupe jazz Centipede, mêlant différents styles dans des pièces de 25 minutes, qui semblent l'avoir décidé à fabriquer lui aussi un long instrumental, où des thèmes entreraient et évolueraient, à la façon des évènements et des personnages d'un livre.
Le premier thème que Mike enregistre est composé spontanément dès qu'il presse la touche "enregistrement" de son magnétophone. Il est inspiré de la célèbre Toccata et Fugue en ré mineur de Jean-Sébastien Bach (pour le martèlement répété d'une note) et de l'instrumental Rainbow in Curved Air de Terry Tiley (pour le côté répétitif). Puis Mike ajoute la basse et commence ses premiers overdubs.
Il enchaîne d'autres séquences, les accompagnements variant parfois pour devenir les thèmes principaux d'autres passages, idée qui avait frappé Mike à l'écoute de la Symphonie n° 5 en mi bémol majeur, op. 82 de Jean Sibelius. La démo finale, que Mike baptise par défaut Opus 1, est sans doute constituée d'une longue séquence et de petits instrumentaux plus ou moins relié(1). Parmi ces morceaux, figurait un thème, enregistré dans la maison de la famille Oldfield à Harold Wood, où Mike utilisa l'aspirateur de sa mère pour créer un bourdonnement sonore similaire à celui d'une cornemuse.
Muni de sa démo, Mike Oldfield entreprend de démarcher les maisons de disques. Il commence par celle de Kevin Ayers & the Whole Word, Harvest EMI, puis Oldfield sollicite CBS, WEA, à chaque
fois sans le moindre succès. "C'était extrêmement démoralisant. J'ai fini par confier les bandes au roadie du Whole World en disant, tu parles mieux que moi - essaye. Il a fait le tour
et n'est pas allé plus loin lui non plus."
Au moment où il travaille sur sa démo, Mike Oldfield manque de revenus et est parfois contraint de voler des restes de pain de son colocataire William Murray,
qui vit au sous-sol (voir Mike et "Willy" sur la photo), ou de "voler des pommes de terre" dans une épicerie.
Pour gagner sa vie, Mike cherche alors des emplois de musicien. Alex Harvey le recrute pour son orchestre ainsi que comme guitariste de réserve de la comédie musicale Hair, mais Mike est
renvoyé au bout de quelques mois, car il n'arrive pas à jouer en rythme et il se fait détester des autres musiciens et des danseurs (qui manquent de chuter quand Oldfield joue). Après cela,
il est recruté pour jouer avec le musicien Arthur Louis (ou Lewis), qui doit enregistrer une démo dans un nouveau studio encore en construction près
d'Oxford. Ce studio est The Manor (le Manoir), un studio-résidence situé dans la campagne de l'Oxfordshire, qui est le dernier projet du jeune entrepreneur de 21 ans
Richard Branson, patron de la chaîne de magasins de disques nommée Virgin.
Les jeunes techniciens à qui Branson a confié le projet de transformer le Manoir en studio, Tom Newman (28 ans) et Simon Heyworth, conseillés par Phil Newell, sont un peu empêtrés dans
l'installation et le câblage d'un studio 8 pistes, et Branson a vendu du temps de studio a un premier groupe (Arthur Louis) pour remotiver les troupes.
Mike Oldfield arrive donc au Manoir en septembre(2) 1971 pour une session d'enregistrement d'une dizaine de jours.
Celle-ci ne se déroule pas très bien aux yeux du jeune Oldfield -18 ans alors- qui trouve que Louis manque de talent.
Repérant la possibilité de passer sa démo à des personnes du métier, il convainc un roadie d'Arthur Louis de l'emmener pour un aller-retour du Manoir à Harold Wood (6 heures de trajet !) afin de
ramener les précieuses bandes. Les conditions exactes dans lesquelles Mike fait écouter ces bandes à Newman et Heyworth son difficiles à établir : les versions dépendent de qui des
trois raconte. Toujours est-il que les deux techniciens sont conquis par la musique est promettent d'en parler ultérieurement à Richard Branson.
A son retour à Harold Wood, où il vit seul avec sa mère, depuis qu'il a dû quitter la maison de Tottenham, Mike perfectionne sa démo, travaille les différents thèmes, et enregistre d'autres
démos, plus structurées. Le thème avec l'aspirateur disparaît au passage. C'est très probablement une de ces nouvelles démos que Mike a retrouvé et intégré au coffret DVD Tubular Bells
en 2003. Pendant les mois qui suivent son passage au Manoir, Mike appelle régulièrement Tom Newman ou Simon Heyworth pour savoir s'il y a des nouvelles.
En septembre ou en octobre de 1971, Mike est rappelé par Kevin Ayers. Ce dernier veut enregistrer un nouvel album et reprend pour l'accompagner des
musiciens du Whole World : David Bedford aux claviers, Dave Dufort et William Murray à la batterie. Mike Oldfield joue de la basse ou de la guitare sur trois
morceaux. Sur la chanson désespérée Song of the Bottom of a Well, le jeu de guitare de Mike, inhabituel, justifie à lui seul la découverte du morceau. Sur la chanson plus
charmante Whatevershebringswesing, le solo de guitare de Mike est d'une délicatesse émouvante. Mike joue également de la guitare sur Champagne Cowboy Blues. L'album, signé du
seul Kevin Ayers, et intitulé Whatevershebringswesing, sort en janvier 1972. A ce moment, Kevin rassemble de nouveau Mike et les autres musiciens pour des passages télé et pour
ré-enregistrer d'anciens titres en studio.
En 1971, il faut également remarquer l'enregistrement du premier album de David Bedford sur
lequel Mike collabore : Nurse's Song with Elephants comprend des parties de basse jouées par Mike sur le morceau-titre.
L'année 1972 semble une période desespérée pour Mike. Il ne cherche plus à faire partie d'un groupe, mis à part un entretien avec le groupe anglais Gun, qui avait fait un tube en 1968 : Race
With The Devil. Mike Oldfield est de plus en plus abattu, au fur et à mesure que les mois passent, et il boit souvent de l'alcool chez lui, avec sa mère. Au bout de plusieurs mois, il a une
idée :
"Je songeais à aller vivre en Russie, car j'avais entendu qu'on pouvait y travailler pour l'état en tant que musicien, et que quelqu'un pourrait m'y donner un studio
d'enregistrement. N'importe quoi pourvu que je puisse aller dans un studio d'enregistrement."
Et là, le destin frappe à la porte, ou plutôt :
"J'essayais de trouver le numéro de l'ambassade de Russie dans les pages jaunes quand subitement, le téléphone se mit à sonner. C'était Simon Draper de Virgin, qui me demandait de venir et de
dîner avec eux sur une péniche à Little Venice."
Et Mike Oldfield mit son destin en marche en répondant : "Yes, sure".
=>
1972-1973
Notes :
(1) La démo publiée dans le coffret DVD Tubular Bells II/III n'est vraisemblablement pas la première démo de Tubular Bells faite à Tottenham, mais une démo plus élaborée faite en 1972, après qu'un exemplaire de la première démo ait été confié à Richard Branson.
(2) d'après Sean Moraghan
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Mike Oldfield, compositeur, guitariste, et multi-instrumentiste britannique est
l'objet de ce blog, où je viens ajouter, une à deux fois par mois, une bribe de 
