Vente 15242 - Objets
emblématiques du Cinéma et du Rock & Roll, 20 juin 2007
Knightsbridge
Lot No : 391
La Fender Telecaster de Mike Oldfield, utilisée pour enregistrer l'album 'Tubular Bells',
F-plate avec numéro de série 180728, corps finition naturelle avec une plaque pick guard laminée noire et blanche, un micro supplémentaire Bill Lawrence, des boutons de réglage de tonalité et
volume et deux interrupteurs de sélection, manche timbré NOV66B, avec une touche et des inserts en bois de rose, tête avec clés Kluson, dans une valise Fender.
Estimation : £25,000 - 35,000 (€ 37,000 - 45,000)
Note :
Cette guitare, possédée auparavant par Marc Bolan et à l'origine avec une finition "blonde", a été la seule guitare électrique à six cordes utilisée par Mike Oldfield sur son premier album,
'Tubular Bells'.
Les premières démos de Mike ont été enregistrées dans son appartement de Londres, sur un magnétophone qui lui était prêté. Il avait apporté la bande à plusieurs maisons de disques, aucune d'entre
elles ne manifestant beaucoup d'enthousiasme pour celle-ci. Cependant, Tom Newman, responsable du nouveau studio de Virgin au Manoir, à Shipton-on-Cherwell, Oxfordshire, l'entendit et convinc
Richard Branson de laisser du temps de studio à Mike pour enregistrer l'album. Enregistré pendant l'automne 1972 et le printemps 1973, l'album a été refusé par toutes les maisons de disques
approchées par Branson et il fut donc décidé que Virgin le sortirait elle-même. Ce fut le premier album sorti par Virgin, portant le numéro de catalogue V2001.
Paru le 25 mai 1973, l'album a été numéro 1 dans les charts britanniques, devenant l'album de rock instrumental le plus vendu avec des ventes mondiales dépassant les 25 millions
d'exemplaires.
La guitare a fait l'objet d'une donation de Mike Oldfield pour pouvoir être vendue au profit de l'oeuvre caritative SANE, dédiée à la santé mentale.

21/06/07 : d'après un article sur le site de la bbc, la guitare n'a pas
trouvé preneur lors de cette vente.
Actualités précédentes - Actualités suivantes
Récemment, j'ai décidé de quitter de nouveau la région londonienne avec ma femme Fanny et notre fils Jake. C'était vraiment un bouleversement pour moi de quitter
ma maison à Chalfont Saint Giles après tant d'années. Chose curieuse, je ne suis pas très loin de mon ancienne maison dans les Cotswolds ; ce n'est qu'à une demi-heure de route. Quand nous sommes
arrivés ici, j'ai pensé "Maintenant je peux avoir une vie tranquille", mais cette philosophie n'a pas duré longtemps. Il y a une dizaine d'années, il a été question de faire un livre ; j'avais
passé du temps à faire des entretiens avec Annie Nightingale, la DJ, mais ils n'ont jamais abouti à quelque chose. Alors j'ai pensé que je pourrais m'en occuper de nouveau. Maintenant que c'est
fait, j'ai reconstitué mon studio et j'ai commencé à travailler sur une nouvelle oeuvre musicale.Les choses changent tellement dans l'industrie musicale. A l'avenir, tout ne sera probablement plus qu'en téléchargement, le CD va suivre le même chemin que le vinyle. La technologie a progressé si incroyablement que j'ai des difficultés à suivre. Heureusement, je suis toujours à la pointe de la technologie pour ce qui est de l'enregistrement : je suis un bêta-testeur pour les derniers logiciels de production musicale, et je reçois donc des nouvelles versions à essayer, ce que j'adore.
Enfin, l'âge est en train de me rattraper sans que je ne l'ai vu venir. Avant, je savais faire plusieurs choses à la fois, mais je ne peux plus le faire aussi bien ; je suis fatigué là où je ne l'aurais pas été avant ; ma mémoire du court terme commence à se dégrader un petit peu, mais ce n'est pas trop mal pour le moment encore. J'ai du m'habituer à des choses comme porter des lunettes pour lire. J'ai une paire de lunettes dans chaque pièce, car si je n'ai qu'une seule paire et que je l'emmène dans la pièce d'à côté, quand je reviens là où j'étais, je me dis "Mais où sont donc ces lunettes". Donc j'ai une paire pour chaque pièce et je fais attention à bien les laisser là.
C'est vraiment une nouvelle phase dans la vie. Si vous m'aviez dit, à dix-neuf ans, quand je faisais Tubular Bells, que j'aurais cinquante-trois ans un jour et que je parlerais de tout ça, je n'aurais jamais pensé ça possible, mais ça a fini par arriver. Le monde entier a complètement changé. Je n'arrive pas à croire que je suis toujours actif, que je signifie toujours quelque chose dans l'industrie musicale. Même si les choses n'ont plus rien à voir avec ce qu'elles étaient en 1973, je suis très heureux de ma situation.
Qu'y aura-t'il ensuite ? Je projette de faire une oeuvre de musique plus classique, ce qui est la dernière chose que je n'ai pas encore faite. Après ça, je n'en sais rien.
La période qui va des derniers mois du Whole World au début de l'enregistrement de Tubular Bells était confuse. Changeling, l'autobiographie de Mike
Oldfield, que je viens de recevoir et de parcourir, éclaire un peu mieux cette période, mais n'en fixe toujours pas les dates-clés, qui restent donc ici de pures hypothèses.
Dans l'article consacré au Whole World, on a vu comment Mike Oldfield avait de plus en plus envie de suivre ses propres idées musicales. A l'époque, la musique rock était essentiellement l'affaire de collectifs, et Mike avait songé à fonder son propre groupe, avant d'y renoncer après l'expérience mitigée de la fin du Whole World (un élément abordé dans Changeling qui sera ajouté dans le chapitre précédent ultérieurement).
Lors de la formation éphémère du "deuxième" Whole World, Kevin Ayers avait loué une maison à Westbourne Gardens à Tottenham pour la partager avec ses musiciens.
Mike avait une petite chambre au premier étage, donnant sur le jardin. Lors de la dissolution du groupe, Kevin quitta la maison, mais informa les autres musiciens qu'il en paierait le loyer encore
quelques mois. Avant de partir, il prêta à Mike son magnétophone portatif deux-pistes Bang & Olufsen Beocord 2000, sachant que Mike souhaitait travailler sur son projet
solo.Mike bricola cet appareil afin de pouvoir y faire des oberdubs en stéréo, en modifiant les câblages et en bloquant la tête d'effacement avec un bout de carton. Equipé de sa Telecaster, d'une basse Fender prêtée par Ayers, d'un orgue farfisa prêté par Bedford et d'un jouet avec des cloches, il se mit à assembler ses idées musicales.
Mike avait déjà composé ou improvisé des instrumentaux de 10-15 minutes lorsqu'il était adolescent. En 1971, il écoutait également de la musique symphonique. Mais c'est surtout les longs instrumentaux du groupe jazz Centipede, mêlant différents styles dans des pièces de 25 minutes, qui semblent l'avoir décidé à fabriquer lui aussi un long instrumental, où des thèmes entreraient et évolueraient, à la façon des évènements et des personnages d'un livre.
Le premier thème que Mike enregistre est composé spontanément dès qu'il presse la touche "enregistrement" de son magnétophone. Il est inspiré de la célèbre Toccata et Fugue en ré mineur de Jean-Sébastien Bach (pour le martèlement répété d'une note) et de l'instrumental Rainbow in Curved Air de Terry Tiley (pour le côté répétitif). Puis Mike ajoute la basse et commence ses premiers overdubs.
Il enchaîne d'autres séquences, les accompagnements variant parfois pour devenir les thèmes principaux d'autres passages, idée qui avait frappé Mike à l'écoute de la Symphonie n° 5 en mi bémol majeur, op. 82 de Jean Sibelius. La démo finale, que Mike baptise par défaut Opus 1, est sans doute constituée d'une longue séquence et de petits instrumentaux plus ou moins relié(1). Parmi ces morceaux, figurait un thème, enregistré dans la maison de la famille Oldfield à Harold Wood, où Mike utilisa l'aspirateur de sa mère pour créer un bourdonnement sonore similaire à celui d'une cornemuse.
Muni de sa démo, Mike Oldfield entreprend de démarcher les maisons de disques. Il commence par celle de Kevin Ayers & the Whole Word, Harvest EMI, puis Oldfield sollicite CBS, WEA, à chaque
fois sans le moindre succès. "C'était extrêmement démoralisant. J'ai fini par confier les bandes au roadie du Whole World en disant, tu parles mieux que moi - essaye. Il a fait le tour
et n'est pas allé plus loin lui non plus."
Au moment où il travaille sur sa démo, Mike Oldfield manque de revenus et est parfois contraint de voler des restes de pain de son colocataire William Murray,
qui vit au sous-sol (voir Mike et "Willy" sur la photo), ou de "voler des pommes de terre" dans une épicerie.
Pour gagner sa vie, Mike cherche alors des emplois de musicien. Alex Harvey le recrute pour son orchestre ainsi que comme guitariste de réserve de la comédie musicale Hair, mais Mike est
renvoyé au bout de quelques mois, car il n'arrive pas à jouer en rythme et il se fait détester des autres musiciens et des danseurs (qui manquent de chuter quand Oldfield joue). Après cela,
il est recruté pour jouer avec le musicien Arthur Louis (ou Lewis), qui doit enregistrer une démo dans un nouveau studio encore en construction près
d'Oxford. Ce studio est The Manor (le Manoir), un studio-résidence situé dans la campagne de l'Oxfordshire, qui est le dernier projet du jeune entrepreneur de 21 ans
Richard Branson, patron de la chaîne de magasins de disques nommée Virgin.
Les jeunes techniciens à qui Branson a confié le projet de transformer le Manoir en studio, Tom Newman (28 ans) et Simon Heyworth, conseillés par Phil Newell, sont un peu empêtrés dans
l'installation et le câblage d'un studio 8 pistes, et Branson a vendu du temps de studio a un premier groupe (Arthur Louis) pour remotiver les troupes.
Mike Oldfield arrive donc au Manoir en septembre(2) 1971 pour une session d'enregistrement d'une dizaine de jours.
Celle-ci ne se déroule pas très bien aux yeux du jeune Oldfield -18 ans alors- qui trouve que Louis manque de talent.
Repérant la possibilité de passer sa démo à des personnes du métier, il convainc un roadie d'Arthur Louis de l'emmener pour un aller-retour du Manoir à Harold Wood (6 heures de trajet !) afin de
ramener les précieuses bandes. Les conditions exactes dans lesquelles Mike fait écouter ces bandes à Newman et Heyworth son difficiles à établir : les versions dépendent de qui des
trois raconte. Toujours est-il que les deux techniciens sont conquis par la musique est promettent d'en parler ultérieurement à Richard Branson.
A son retour à Harold Wood, où il vit seul avec sa mère, depuis qu'il a dû quitter la maison de Tottenham, Mike perfectionne sa démo, travaille les différents thèmes, et enregistre d'autres
démos, plus structurées. Le thème avec l'aspirateur disparaît au passage. C'est très probablement une de ces nouvelles démos que Mike a retrouvé et intégré au coffret DVD Tubular Bells
en 2003. Pendant les mois qui suivent son passage au Manoir, Mike appelle régulièrement Tom Newman ou Simon Heyworth pour savoir s'il y a des nouvelles.
En septembre ou en octobre de 1971, Mike est rappelé par Kevin Ayers. Ce dernier veut enregistrer un nouvel album et reprend pour l'accompagner des
musiciens du Whole World : David Bedford aux claviers, Dave Dufort et William Murray à la batterie. Mike Oldfield joue de la basse ou de la guitare sur trois
morceaux. Sur la chanson désespérée Song of the Bottom of a Well, le jeu de guitare de Mike, inhabituel, justifie à lui seul la découverte du morceau. Sur la chanson plus
charmante Whatevershebringswesing, le solo de guitare de Mike est d'une délicatesse émouvante. Mike joue également de la guitare sur Champagne Cowboy Blues. L'album, signé du
seul Kevin Ayers, et intitulé Whatevershebringswesing, sort en janvier 1972. A ce moment, Kevin rassemble de nouveau Mike et les autres musiciens pour des passages télé et pour
ré-enregistrer d'anciens titres en studio.
En 1971, il faut également remarquer l'enregistrement du premier album de David Bedford sur
lequel Mike collabore : Nurse's Song with Elephants comprend des parties de basse jouées par Mike sur le morceau-titre.
L'année 1972 semble une période desespérée pour Mike. Il ne cherche plus à faire partie d'un groupe, mis à part un entretien avec le groupe anglais Gun, qui avait fait un tube en 1968 : Race
With The Devil. Mike Oldfield est de plus en plus abattu, au fur et à mesure que les mois passent, et il boit souvent de l'alcool chez lui, avec sa mère. Au bout de plusieurs mois, il a une
idée :
"Je songeais à aller vivre en Russie, car j'avais entendu qu'on pouvait y travailler pour l'état en tant que musicien, et que quelqu'un pourrait m'y donner un studio
d'enregistrement. N'importe quoi pourvu que je puisse aller dans un studio d'enregistrement."
Et là, le destin frappe à la porte, ou plutôt :
"J'essayais de trouver le numéro de l'ambassade de Russie dans les pages jaunes quand subitement, le téléphone se mit à sonner. C'était Simon Draper de Virgin, qui me demandait de venir et de
dîner avec eux sur une péniche à Little Venice."
Et Mike Oldfield mit son destin en marche en répondant : "Yes, sure".
=>
1972-1973
Notes :
(1) La démo publiée dans le coffret DVD Tubular Bells II/III n'est vraisemblablement pas la première démo de Tubular Bells faite à Tottenham, mais une démo plus élaborée faite en 1972, après qu'un exemplaire de la première démo ait été confié à Richard Branson.
(2) d'après Sean Moraghan
This text in english - Dieser Text auf Deutsch - Este texto en español
Mike Oldfield, compositeur, guitariste, et multi-instrumentiste britannique est
l'objet de ce blog, où je viens ajouter, une à deux fois par mois, une bribe de 
