J'ai déménagé à Majorque parce que la Grande-Bretagne d'aujourd'hui est bien trop pénible (même pour moi)
Par Richard Holledge
Publié dans le Mail On Sunday du Dimanche 13 janvier 2008.
Traduit par ND

Oldfield, 54 ans, est un personnage agité, avec
deux mariages –dont l’un n’a duré qu’un mois avec le chef d’une thérapie de groupe qu’il avait suivi pour accroître sa confiance en lui – et deux relations durables qui ont donné vie à cinq
enfants. Aujourd’hui, avec sa seconde épouse d’origine française, Fanny, son fils de trois ans Jake et un bébé en route, le troubadour a acheté sa quatrième maison en moins de dix ans.
La seule chose qui dérange la tranquillité est le souffle du générateur, et il passe donc la plupart de son temps sur son bateau qu’il utilise comme un bureau.
« En
Angleterre, il y a une sorte de linceul de nuages qui peut rester pendant des mois. C’est affreusement déprimant. Ca allait quand je travaillais et que je me plongeais dans le studio mais après
ce dernier album je crois que j’ai n’ai plus du tout l'énergie pour travailler. »(Melody Maker, 29 décembre 1979)
Les choses ne sont pas passées dans la douceur pour Mike Oldfield. Il a perdu de l'argent avec ses tournées, a mis au rebut du matériel onéreux et a eu une querelle avec son label à propos d'un morceau d'un album. KARL DALLAS prête son épaule.
TRENTE mille fans de Mike Oldfield ont une chance modérée de trouver à leur insu une pièce de collection –et, incidemment de participer par procuration à la récente paternité de Mike– s’ils achètent un exemplaire de son dernier album.
Tout est
parti d’une querelle entre Mike et son label Virgin au sujet du contenu de l’album. Dans sa forme initiale, le deuxième morceau de la deuxième face contenait un hymne légèrement mièvre
mais authentiquement naïf à la gloire de l’inamorata de Mike (et la mère de Molly, sa fille nouveau-né), l’étonnamment belle Sally Cooper, dont la présence au service de presse de Virgin
pendant plusieurs années était pour les journalistes une meilleure raison de se traîner jusqu’à Vernon Yard que la marque particulière d’ironie laconique de son chef Al Clark.
CEPENDANT, comme c’est l’habitude des maisons de disques, même avec des artistes qui ont posé les fondations de leur prospérité actuelle, Virgin ne se sentait pas très disposé à céder à Mike à propos du morceau, et une longue dispute s’est ensuivie, qui à un moment a menacé de faire rater à l’album la période de ventes qui précède Noël.
Pendant ce temps,
les pochettes et les macarons devaient être imprimées, donc , pendant l’impasse, le deuxième morceau de la deuxième face portait le titre de la chanson originale, « Sally », et ils ont
même pressé 30000 exemplaires de l’album avec la chanson initiale dessus avant que Mike ne cède, n’écrive une nouvelle mélodie –également appelée « Sally »3- qui aille avec la base rythmique d’Alan Schwartzenberg, la seule chose en commun sur les deux en dehors du titre.
POURQUOI Mike, qui fut pendant plusieurs années une des étoiles les plus brillantes au firmament de Virgin, qui fut capable de les persuader à financer plus de la moitié des 500.000 Livres qu’a coûté sa dernière tournée, financièrement désastreuse4, se laisse-t-il malmener de la sorte ?
PARLER de nécessité nous a amené, bien sûr, à l’état actuel de ses finances, qui ont fait l’objet de quelques commentaires dans la presse écrite. Il a été décrit dans des termes aussi variés que « pauvre » ou « sur la paille », ce qui est, comme je suis heureux de le révéler, une légère exagération.
Il projette, par
exemple, de vendre son avion privé Beechcraft Sierra –mais seulement pour le remplacer par un hélicoptère, qu’il imagine naïvement pouvoir faire atterrir dans sa nouvelle résidence à Denham
(Buckinghamshire), bien que je ne crois pas que les contrôleurs aériens à Heathrow seront très enthousiastes pour l’arrangement.
« J’ai jeté toutes
ces affaires quadriphoniques qui n’ont pas marché, et nous vendons la table de mixage, qui n’a pas fonctionné.
MIKE exprime un peu de déception, pour ne pas dire de la perplexité, au type d’accueil que le nouvel album a eu de la presse. Il pense –et je suis d’accord avec lui– que la plupart des critiques ont débité les mêmes clichés « éreintons-le parce que c’est ennuyeux et qu’il a tant de succès », sans remarquer la rupture considérable avec son propre passé que sa musique presque minimaliste représente.
« Et
puis il y a une section au milieu de « Platinum » où il y a des accords plus complexes que ce que j’ai fait avant. Ils s’insèrent d’une telle façon qu’ils semblent normaux, mais si on
regarde cet accord sur un piano, c’est complètement ridicule, il n’y a même pas un nom pour ça. »
LA PREMIERE fois que j’ai rencontré Mike Oldfield, il était un virtuose de la guitare folk âgé de 15 ans avec des troubles de la personnalité, qu’il a appris à sublimer dans son « Tubular Bells ». Au fil des ans, j’ai appris à comprendre sa folie, et nous avons une fois passé une heure ridicule lors d’un dîner à échanger sur les dépressions nerveuses que nous avions traversés.
"Je me sens bien et moyennement névrosé comme tout le monde, maintenant. "
Articles associés :
L'album Platinum
Les tournées de 1980
Article de Karl Dallas de 1975
Notes :
(1) : Karl Dallas se réfère probablement à la chanson "Don Alfonso" (la chanson "The Spaniard that Blighted My Life" est une chanson existante
dans le même style), mais il est difficile de savoir si l'approximation sous la plume de Dallas est volontaire.
(2) : Karl Dallas évoque la chanson "On Horseback" qui figure en fait sur l'album "Ommadawn".
(3) : Nouvelle erreur (!) de Dallas, puisque la chanson de remplacement s'intitule "Into Wonderland". Le titre n'a jamais (?) été porté sur les pochettes (sur mon exemplaire 33 tours de
Platinum, le titre du morceau était effacé), mais a été correctement imprimé sur l'étiquette centrale du disque.
(4) : L'interview se situe entre la tournée 1979 ("Exposed") qui a été un désastre financier et la tournée 1980, qui se prépare au moment de l'entretien.

La Toile recèle dans ses filets une ancienne et jolie tentative de fil d'informations francophone sur Mike Oldfield, hélas à la vie trop courte.
Bien
avant la mode des blogs, Geinoh s'était lancé au printemps 2003 dans le projet d'une newsletter portant à la fois sur l'actualité de Mike Oldfield et sur des analyses de fond de ses oeuvres
antérieures. La première édition avait été proposée aux membres de la liste de diffusion francophone tubular, et avait été diffusée par mél, puis hébergée sur un site. Initié en solitaire par Geinoh, le projet a été renforcé en cours de route par la plume de Fabrice Chotin puis par les corrections de membres de la liste de diffusion tubular, dont l'ami Vinz qui vient nous saluer ici par ses commentaires de temps à autre. Les lettres ont été intégrées au site tubular.free.fr lors de leur cinquième édition.
Démarré avec un rythme ambitieux (1 édition par semaine), le projet s'est arrêté -à ma connaissance- au bout de six éditions pour une raison que j'ai oubliée (il me semble que la raison en était une expatriation de l'auteur, mais je ne suis plus bien sûr des évènements).
Je vous laisse redécouvrir les articles publiés dans ces six éditions, à ce jour toujours accessible sur Internet (quelques liens dans les newsletters sont morts, toutefois).
Flying Start n°1 du 5 mai 2003 - L'album QE2 (1/4)
Flying Start n°2 du 5 mai 2003 - John R. Chatterton - L'album QE2 (2/4)
Flying Start n°3 du 19 mai 2003 - Loreena McKennitt - L'album QE2 (3/4)
Flying Start n°4 du 27 mai 2003 - Tribute to Mike Oldfield - L'album QE2 (4/4)
Flying Start n°5 du 1er juin 2003 - Les influences celtiques (1/2)
Flying Start n°6 du 4 septembre 2003 - The Millennium Bell - Les influences celtiques (2/2)
Voici une traduction un peu plus conséquente de Changeling, l'autobiographie de Mike Oldfield : les huit pages traduites, prises par-ci par-là dans les chapitres 9 et 10 du livre, tournent toutes autour de la réalisation de l'album Hergest Ridge. Note : les photos ne viennent pas du livre.
[La traduction commence après la description du concert de Tubular Bells au Queen Elizabeth Hall en juin 1973, puis de l'enregistrement du concert pour la BBC en novembre de la même année]

9. THE BEACON - 1974
[...]
A part ça, ma mémoire de cette période a disparu : tout est assez brumeux. C'était une période très étrange pour moi, un peu comme un tourbillon. Je ne faisais pas vraiment attention à ce qui se passait à la maison, dans le sens où j'étais passé à autre chose. Mes parents n'étaient pas venus au concert ; les parents faisaient partie d'un monde et les enfants d'un autre. C'est comme ça qu'étaient les gens à l'époque.
Je me souviens comment j'avais finalement pu échanger ma vieille Mini pourrie contre ce qui s'est avéré être une Bentley totalement pourrie. Je l'ai emmenée chez Jack Barclay, le concessionnaire Bentley à Berkeley Square, qui m'a dit que la faire réparer coûterait plus que le prix de la voiture. Elle avait l'air magnifique, elle avait cette adorable moquette mais si vous appuyiez trop fort sur le plancher du côté passager, votre pied passait à travers.
A cette époque, j'avais une copine que j'avais rencontré au Manoir et nous voulions vivre quelque part à la campagne. Nous nous sommes mis en route dans la Bentley, pour chercher un lieu, quelque part où habiter. Je me souviens comment nous étions partis en direction de l'ouest, par le pont de la Severn, puis par Ross-on-Wye, ensuite jusqu'à Monmouth et Hereford. Sur un simple coup de tête, nous avons conduit du nord d'Hereford à un endroit appelé Kington, juste sur la frontière galloise. Je me souviens avoir vu là une grosse colline et un club de golf à son sommet, et juste un peu en dessous il y avait une petite maison avec un panneau "à vendre" dessus. Elle avait une vue magnifique sur Kington, et on pouvait voir les montagnes noires au loin.
La maison côutait vingt mille Livres. je n'avais même pas regardé à l'intérieur, mais j'ai appelé Richard, disant : "il y a cette maison, est-ce que je peux l'acheter ?". Je pense qu'il l'a simplement achetée et l'a déduite de mes royalties. Richard était mon manager alors en plus d'être d'être ma maison de disques, et je n'ai donc jamais eu à penser à quoi que ce soit en matière d'affaires. Je lui laissais prendre soin de tout.
[...]
En plus de ses demandes de faire une tournée, de la publicité, des interviews etc., Richard voulait un autre album, une suite. Evidemment j'avais eu un album incroyablement couronné de succès, ils ont du penser, "Que fais-tu -ha ! ha !- tu en fais un autre !". Je savais que mon contrat portait sur dix albums, mais le problème était qu'à ce moment, je ne sentais pas que j'avais une suite en moi : il y devrait bien y avoir quelque chose, un jour, mais je ne voulais pas encore faire un autre album. Toute ma vie -aussi courte qu'elle avait pu être- était allée dans Tubular Bells. Je ne savais pas ce que j'allais foutre après. Je ne voulais qu'un peu d'air.
Je sentais que Richard me mettait la pression pour faire un autre album, mais d'une façon que lui seul sait faire. Richard possède cet enthousiasme contagieux, et quand j'étais avec lui je ne paniquais plus pour quelque raison, je voulais vraiment faire ce que je pouvais pour lui. C'est vraiment catalyseur pour les gens que d'avoir cette sorte d'enthousiasme, et c'est le don de Richard, vous vous sentez vraiment plein d'énergie. Il parvient, avec son sourire et sa manière, à s'entourer de personnes talentueuses qui donneront le meilleur d'elles même pour lui.
Je me souviens d'un coup de fil en particulier. Richard me demandait : "as-tu besoin de quoi que ce soit pour recommencer à écrire de la musique ?"
J'ai dit : "heu, eh bien, il y a cet orgue que David Bedford avait, dans Kevin Ayers and the Whole World ?". Richard m'a demandé quel nom il avait. "Heu, un Farfisa ? Pas un Continental, quelque chose comme un Professional Two". Je me souvenais que c'était un gros machin ancien, tous les boutons étaient peints comme des dragées, en rose et jaune. Le week end suivant, j'ai regardé par la fenêtre et j'ai vu Richard monter en titubant depuis le parking au bas de la colline, il portait en fait ce monstreux et affreux orgue Farfisa. Bien sûr, je suis descendu et je l'ai aidé à le monter. J'ai trouvé ça plutôt charmant, il aurait pu faire faire ça par quelqu'un d'autre, mais il l'avait apporté lui même.
A la longue, j'ai accepté de commencer à travailler sur un deuxième album, parce que je m'y sentais obligé. Richard voulait que je le fasse, et d'un autre coté, à ce moment je ne savais pas ce que j'allais pouvoir faire d'autre de ma vie. Je ne m'étais jamais vraiment senti comme un musicien ; un musicien était quelqu'un de différent, quelqu'un qui joue dans des orchestres, ou des clubs ou autre. J'avais fini par faire ça, mais je n'avais jamais senti que j'étais à ma place. J'en suis arrivé plus tard à croire que Richard voulait me mettre sur un nouvel album, pas seulement parce qu'il voulait écouter une autre oeuvre de musique magnifique, mais aussi parce qu'il voulait un autre album couronné de succès. C'était là sa raison mais je ne l'ai pas réalisé alors, je pensais qu'il était seulement interessé par la musique.
Avec le Farfisa, on m'avait donné du matériel d'enregistrement, des magnétophones à quatre pistes et une table de mixage. Ce n'était pas du très bon matériel, mais au moins je pouvais faire des démos plus compliquées que ma démo de Tubular Bells avec ses sons les uns sur les autres. J'avais aussi un ou deux morceaux en surplus de mes sessions du dernier album.
Avec tout ça, j'ai commencé à travailler sur quelques idées.
[...]
10. HERGEST RIDGE - 1975
Je luttais toujours contre mes crises de panique. Toute la culpabilité, la colère émotionnelle, la perte que j'avais vécue dans le passé, tout était là à l'intérieur de moi, comme une boule d'énergie émotionnelle. De nombreuses situations ramenaient des souvenirs de mon enfance : des souvenirs-clés comme la bagarre avec mon père étaient sucsités par certaines choses, comme par exemple si je me sentais menacé physiquement. Si je ressentais une injustice, là c'était important, cela connectait à beaucoup de choses. Je me sentais souvent complètement hors de contrôle, quasiment un automate à cause de mes peurs profondément ancrées et de mon conditionnement psychologique.
Je suis sûr que c'est la même chose pour tout ceux qui se sont occupé ou ont vécu avec une personne malade pendant beaucoup d'années : on commence à la détester. Avec le temps le ressentiment se développe et vous vous trouvez à la détester pour tout le stress qu'elle vous cause. En même temps, une autre part de vous pense, "je ne devrais pas faire ça, je devrais être gentil et généreux." Cela vous remplit de culpabilité. Pour moi, cela se reliait avec toutes les autres choses, comme mes années d'enfance et comment j'avais été endoctriné par mon éducation catholique, quand on m'avait enseigné que la culpabilité est un péché. Tout cela devient un cercle vicieux.
Principalement, je dominais tout ça avec de l'alcool ; je buvais trop, mais c'était pour supprimer les crises. Je n'aimais pas prendre des médicaments de toute sorte, mais j'avais tout le temps un Valium dans mon portefeuille : occasionellement, quand j'avais une crise de panique, je grignotais un peu le cachet. Pour certaines personnes, la seule issue est de prendre des tranquillisants mais je ne voulais pas finir comme ma mère, qui était dépendante de médicaments prescrits.
J'aimais être là haut à Bradnor Hill, et être dehors au beau milieu de la campagne me mettait à l'abri de la panique. En face de la maison, il y avait cette magnifique, longue colline striée appelée Hergest Ridge. Au sommet se trouvait cet étrange rocher nommé The Whet Stone, un point de repère célèbre qui, paraît-il, datait des temps préhistoriques. Je commençais à faire des modèles réduits d'avions, avec la même sorte d'attention méticuleuse que j'avais apprise de mon père. Je m'y suis vraiment intéressé. Je me sentais en paix là bas sur la crête, seul avec mes maquettes.
Je trouvais les animaux très apaisants, donc à un moment j'ai décidé d'avoir deux chiens, des lévriers afghans. Je pensais qu'ils étaient mignons, mais, mon Dieu, ils étaient affreux. J'ai eu un
problème terrible avec l'agriculteur, car ils chassaient tous les moutons sur Bradnor Hill et en ont tué un ou deux. J'ai du m'en débarrasser, donc j'ai acheté un couple de chats persans à
la place.
Quand tout s'accumulait, je pouvais me réfugier dans mon univers musical. C'était comme un cocon autour de moi, tout à l'intérieur était si beau et sûr. Je pouvais imaginer que chacun
des instruments disait quelque chose -la basse n'était pas seulement une guitare basse, c'était une grande personnalité, profonde. La musique m'était aussi familière que la voix humaine et
le langage humain, avec ses propres mots et phrases. Tout se tenait, dans cette logique musicale.
C'était comme si j'étais un extra-terrestre, se souvenant de ce que c'était que d'être sur sa propre planète, où les gens ne parlaient pas, ils chantaient et émettaent des sons musicaux comme
moyen de communication. Si j'éteignais mon "appareil de traduction de langage", tout ce que je pouvais entendre était un son flou et du charabia. Une vraie voix humaine qui parle n'est pas du
tout un son agréable, la plupart du temps. Il y a des langues qui recèlent quelques sons affreux -les sons gutturaux étranges de plusieurs langues européennes, par exemple- ce n'est pas
du tout une façon très élégante de communiquer. Tandis que le magnifique monde musical était plus gracieux, une sorte de nirvana dans la musique, un lieu de sécurité dans lequel je vivais et qui
empêchait les crises de panique de venir.
J'ai progressivement rassemblé mes idées et commencé concrètement à faire une démo du deuxième album. Je ne voulais pas le faire, mais je ne pensais pas vraiment que j'avais le choix. C'est
arrivé plus d'une fois dans ma carrière que je n'ait pas eu envie de travailler mais je m'y mets quand même car, vraiment, qu'est ce que je ferais d'autre ? Richard m'appelait pour me demander
comment j'allais, mais si je n'avais pas fait quelque chose dans la musique, je ne sais pas ce que j'aurais fait.
J'ai vraiment dû lutter pour commencer Hergest Ridge, mais après m'être poussé à commencer, ça a été comme entasser des brindilles dans un feu. Ca a pris vie par soi-même, avec ses
propres impulsions et ça s'est auto-entretenu. Musicalement, cela n'avait rien à voir avec Tubular Bells. Il y avait des trompettes et des tin whistles, différentes sortes d'influences
qui étaient d'une certaine façon un reflet de l'endroit où je vivais, je suppose que l'on appelerait cela des sons New Age aujourd'hui. Je roulais sur des réservoirs quasi vides quand je le
confectionnais, mais jai réussi à bricoler une sorte d'album.
Au bout d'un moment, j'ai vraiment commencé à m'y immerger, ou au moins en partie. Il y avait un morceau de musique qui a terminé sur la deuxième partie d'Hergest Ridge, une simple et belle mélodie, juste à l'orgue et à la guitare acoustique. Le son de celle-ci, pour moi, était comme la conversation de quelqu'un : ils n'employaient pas des mots mais de la musique, des notes de musique et des tonalités musicales. La voix était tout simplement amicale et réconfortante et elle me disait "je suis en sécurité, je suis à l'aise, rien ne va me faire mal, je ne vais pas avoir de crise de panique, je ne vais pas me perdre dans le monde gigantestque et monstrueux où sont mes cauchemars".
Je n'avais vraiment pas le coeur à faire ça. Je devais m'en débarrasser, mais c'était comme faire sortir la dernière goutte de dentifrice de son tube. Quelle que soit énergie musicale refoulée que j'avais pu avoir en moi, je l'avais totalement livrée avec Tubular Bells et il n'en restait plus qu'un tout petit peu. Tant bien que mal, l'album fut terminé, ce qui fut plus un soulagement qu'autre chose.
Le photographe qui avait fait la pochette de Tubular Bells, Trevor Key, est venu à Hergest Ridge pour faire la pochette. Il est arrivé avec Bootleg, le lévrier d'Irlande du Manoir :
il est sur la pochette, sur la crête d'Hergest. Je n'ai pas aimé le résultat, pour être honnête. Après la pochette de Tubular Bells, qui était si puissante, celle là n'était seulement
qu'un peu bizarre.

[L'ouvrage poursuit par la description des projets de Orchestral Tubular Bells et Orchestral Hergest Ridge]
A lire également sur ce blog, sur les mêmes sujets :
Chronique d'Hergest Ridge
Un autre passage de Changeling
Un article sur les maisons de Mike Oldfield
Récemment, j'ai décidé de quitter de nouveau la région londonienne avec ma femme Fanny et notre fils Jake. C'était vraiment un bouleversement pour moi de quitter
ma maison à Chalfont Saint Giles après tant d'années. Chose curieuse, je ne suis pas très loin de mon ancienne maison dans les Cotswolds ; ce n'est qu'à une demi-heure de route. Quand nous sommes
arrivés ici, j'ai pensé "Maintenant je peux avoir une vie tranquille", mais cette philosophie n'a pas duré longtemps. Il y a une dizaine d'années, il a été question de faire un livre ; j'avais
passé du temps à faire des entretiens avec Annie Nightingale, la DJ, mais ils n'ont jamais abouti à quelque chose. Alors j'ai pensé que je pourrais m'en occuper de nouveau. Maintenant que c'est
fait, j'ai reconstitué mon studio et j'ai commencé à travailler sur une nouvelle oeuvre musicale.Les choses changent tellement dans l'industrie musicale. A l'avenir, tout ne sera probablement plus qu'en téléchargement, le CD va suivre le même chemin que le vinyle. La technologie a progressé si incroyablement que j'ai des difficultés à suivre. Heureusement, je suis toujours à la pointe de la technologie pour ce qui est de l'enregistrement : je suis un bêta-testeur pour les derniers logiciels de production musicale, et je reçois donc des nouvelles versions à essayer, ce que j'adore.
Enfin, l'âge est en train de me rattraper sans que je ne l'ai vu venir. Avant, je savais faire plusieurs choses à la fois, mais je ne peux plus le faire aussi bien ; je suis fatigué là où je ne l'aurais pas été avant ; ma mémoire du court terme commence à se dégrader un petit peu, mais ce n'est pas trop mal pour le moment encore. J'ai du m'habituer à des choses comme porter des lunettes pour lire. J'ai une paire de lunettes dans chaque pièce, car si je n'ai qu'une seule paire et que je l'emmène dans la pièce d'à côté, quand je reviens là où j'étais, je me dis "Mais où sont donc ces lunettes". Donc j'ai une paire pour chaque pièce et je fais attention à bien les laisser là.
C'est vraiment une nouvelle phase dans la vie. Si vous m'aviez dit, à dix-neuf ans, quand je faisais Tubular Bells, que j'aurais cinquante-trois ans un jour et que je parlerais de tout ça, je n'aurais jamais pensé ça possible, mais ça a fini par arriver. Le monde entier a complètement changé. Je n'arrive pas à croire que je suis toujours actif, que je signifie toujours quelque chose dans l'industrie musicale. Même si les choses n'ont plus rien à voir avec ce qu'elles étaient en 1973, je suis très heureux de ma situation.
Qu'y aura-t'il ensuite ? Je projette de faire une oeuvre de musique plus classique, ce qui est la dernière chose que je n'ai pas encore faite. Après ça, je n'en sais rien.
Mike Oldfield, compositeur, guitariste, et multi-instrumentiste britannique est
l'objet de ce blog, où je viens ajouter, une à deux fois par mois, une bribe de 
